Qu’est-ce que le Capital

Le Capital comme Rapport Social

Selon Marx, le Capital est un type de relation sociale dans lequel les capitalistes ne peuvent accumuler des richesses que grâce au lien qu’ils entretiennent avec les travailleurs. La richesse totale mondiale étant plus ou moins fixe, le capitaliste ne peut s’enrichir qu’en appauvrissant les autres, par un jeu de vases communicants. Bien sûr, dans un premier temps, il va enrichir localement ceux qui travaillent pour lui avec grand enthousiasme, car il évoluera dans un espace où l’expansion est possible, non seulement pour lui, mais aussi pour d’autres.
Mais plus le temps passe, plus il sera difficile de produire de la valeur, et dans son obsession de la croissance, de l’accumulation, il cherchera l’argent où il se trouve : chez les autres.
Alors deux choses se passent :
– Là où il y avait de l’espace dans cet énorme territoire vierge qu’était le marché, où la croissance était possible, les intérêts des différents exploitants vont s’entrechoquer, donnant naissance à ce qu’on nomme la concurrence. Cette piste a donné lieu récemment à la Guerre Economique, c’est-à-dire à l’hyper-rationalisation de la concurrence.
– Ceux sur qui il s’est appuyé pour accroître sa richesse ont de l’argent, et il faut maintenant le leur reprendre.

Car le rêve secret du capitaliste, porté par son narcissisme exacerbé [1] il ne s’agit pas ici d’un jugement de valeur, mais d’un fait : c’est bien le narcissisme, l’égoïsme, qui meut le capitaliste, c’est de piller la Terre entière jusqu’à ce qu’il se l’approprie, par le biais de toujours plus de croissance, de richesse, de possession. Si vous avez des doutes, vous pouvez lire ces deux articles du Monde.fr [1] qui vous expliqueront qu’en 2011, 388 personnes possédaient autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, chiffre qui s’est réduit à 80 en 2014, et 62 en 2016. Bientôt peut-être, une seule personne possédera autant que la moitié de la population mondiale, voire le Monde entier ?
Il convient ici de faire une pause. Nous savons pertinemment que certains de nos lecteurs ont pensé à l’argument “moi je connais un capitaliste, il vit sa petite vie et il cherche pas du tout à voler les gens”. Précisons simplement que si ce n’est pas lui qui veut le faire, alors ce sera un autre, et cela ne change rien du tout au déroulement de l’histoire. Si nous nous appuyons de manière grossière sur la conception historique de Hegel et Marx, nous pouvons prédire que si un capitaliste est freiné par la morale, s’empêchant de piller, alors l’histoire fait une pause, jusqu’à l’apparition d’un autre qui ne s’encombrera pas de cette morale. Il donnera une nouvelle tendance, vulgarisant ainsi l’absence d’empathie, et l’histoire repartira de plus belle.
Nous somme conscient que cette manière de présenter peut sembler choquante au premier abord, voire totalement surréaliste, mais il faut comprendre que les sauts dans l’histoire se font par petites étapes successives, et qu’on n’arrive pas de la communauté primitive au pillage directement.

[2] Et normalement, la simple lecture de ces articles devraient suffire à cesser de traiter de complotiste quiconque met en évidence la volonté d’un nombre réduit de personnes de contrôler le monde. Que vous ne croyiez pas un complotiste qui vous sort des théories farfelues (style Terre plate ou Réptiliens Illuminatis), soit ! Mais vous ne devriez pas nier cette volonté de concentration de l’argent, et donc, du pouvoir.
Bref, ne nous arrêtons pas à cela !

Toute personne normalement constituée voyant que quelqu’un la vole se rebellera forcément si elle en a le pouvoir.
Le pouvoir, en dernière instance, est toujours lié à la capacité de nuisance, au rapport de force dans les possibilités d’infliger la nuisance à l’autre, tout en étant capable de se prémunir de celle de l’autre. [3] Si vous vous soumettez à votre chef, c’est qu’il a la capacité de vous pourrir la vie, voire de vous virer, ce qui vous nuirait fortement dans votre vie sociale (moins de consommation, impossibilité de payer votre crédit, etc.)
Et face au nombre, le rapport de force est clairement en la défaveur du capitaliste qui voit ses rangs se réduire toujours plus. Seul le pouvoir symbolique, c’est-à-dire la place que l’on occupe dans les agencements institutionnels, permet de donner l’illusion du pouvoir de faire déferler la violence et de dominer le nombre. D’ailleurs, ce pouvoir de violence n’est pas vraiment illusoire, puisqu’en tant que chef d’organisation étatique, ou en tant qu’un de ses corrupteurs, on a le pouvoir sur les corps institutionnels armés (tels la police ou l’armée).
Pour creuser la question, l’indigeste Imperium de l’indigeste Fréderic Lordon, ou au moins une de ses conférences permet de développer cette brillante idée que nous lui avons empruntée [4] Et qu’il a lui-même emprunté à Spinoza.

Vous l’avez compris, dans une société capitaliste primaire, l’accumulation crée la résistance (cf. les luttes ouvrières des débuts de l’ère industrielle, jusque celle de mai 68). Pour continuer de s’enrichir tout en appauvrissant ses travailleurs, le capitaliste doit trouver un stratagème afin de continuer son pillage, sans être embêté par ces radins de pauvres qui ne partagent pas.

Alors pour limiter les contestations, le Capital peut user de la force, mais s’expose à la révolte de ceux qu’il exploite.
Car en réalité, initialement, et en dépit du fait que le travail nous apparaît comme une nécessité absolue, comme la norme sociale, comme quelque chose qui a toujours existé et auquel on ne peut pas échapper, le seul qui veut vraiment travailler, c’est le capitaliste.
Tout son objectif est alors, comme le dit Lordon dans son beaucoup-moins-indigeste-mais-un-peu-quand-même Capitalisme, Désir et Servitude, d’enrôler les prolétaires dans son projet, afin de l’aider à réaliser son idée. Nous recommandons fortement la lecture de ce livre, ou au moins le visionnage d’une de ses conférences desquels vous ressortirez grandi en conscience sociale.

Be the first to comment on "Qu’est-ce que le Capital"

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.


*