Comment on perd nos privilèges – Le nivellement par le bas

Comment orienter une colère ?

Comme dit dans un précédent article, surmonter ses émotions n’est pas naturel. Il s’agit de quelque chose que l’on apprend à faire. C’est d’ailleurs tout le travail de l’éducation : apprendre à contenir ses pulsions pour tendre vers la stabilité de la vie en société.
Freud, dans L’avenir d’une illusion, parle de “renoncement pulsionnel” requis par la culture pour que cette dernière se maintienne.

Dès lors, comme la pulsion est une force que l’on contient, et qui pousse à sa satisfaction, il suffit de l’autoriser à se libérer pour qu’elle le fasse. Et elle le fera avec d’autant plus de violence et de spontanéité que la pulsion était puissante, et donc, fortement contenue.
Si on veut engendrer un changement dans notre société, on peut alors utiliser ce levier, le tout étant de ne pas laisser cette violence se libérer de manière chaotique, mais parfaitement guidée.
René Girard a très bien expliqué une des applications de ce mécanisme : la pacification d’un corps par le sacrifice d’un bouc émissaire, qui sera auparavant dénoncé comme coupable. Il n’y a qu’à voir la paix qui habite chacun après un acte violent.

Hypnose Télé

Pour prendre un exemple aussi contemporain qu’agaçant, puisons dans notre catalogue renouvelable à volonté : celui de la jalousie envers ceux qui ont plus d’avantages que nous. Les employés EDF, les fonctionnaires, les cheminots…
La question de l’intérêt d’une telle montée des tensions est évidente pour qui comprend les jeux de pouvoirs actuels : les Etats sont de plus en plus gérés comme des entreprises, dans lesquels les réductions de coûts sont de rigueur.

Une fois la machine médiatique mise en route, donc, les comportements changent : les jaloux étalent leur mépris pour ces salauds de pauvres qui ont l’audace d’être moins pauvres qu’eux, en ayant des avantages qu’eux n’ont pas. C’est effectivement plus simple que de se battre pour avoir les mêmes avantages.
Et comme d’une entreprise à l’autre, d’une fonction à l’autre, il y a toujours des avantages différents, on trouve toujours quelqu’un de mieux loti que soi dans un domaine.
Il suffit alors de réitérer l’opération autant que possible afin de tendre vers une homogénéisation des avantages des employés par leur suppression pure et simple.

Un nivellement par le bas généralisé.

 

Télé Formattage

 

J’ai eu cette discussion avec des collègues à plusieurs reprises, jusqu’à ce que je demande pourquoi on vient constamment nous emmerder avec les privilèges des fonctionnaires fainéants, leur travail et leur flemme, ou même les dits “assistés” du RSA, alors que derrière, ce sont des grands groupes qui pillent les pays en faisant de l’optimisation fiscale, et qui font en sorte de ne pas payer des milliards d’euros d’impôt.
La réponse que j’ai obtenue est édifiante : “oui, mais ça, c’est la loi du marché”.

Cette réponse montre bien à quel point les esprits sont formatés par l’idéologie capitaliste…

Orienter les colères

C’est un réel travail d’ingénierie sociale auquel on assiste là : le sujet est en permanence irrité sur ses faiblesses, ses colères. Et en étant incapable de réfléchir de manière objective, et distanciée, il réagit déraisonnablement.

En réalité, l’employé tient en horreur sa condition de travailleur -Freud nous dirait que cela est dû au fait que le plaisir est différé dans le temps- mais, évoluant dans une structure où le travail est normal, il ne remettra pas en question cette structure.

Sa colère se déplacera alors là où rien de suffisamment intimidant ne la retient : sa parole sera exprimée sur les sujets où elle est libérée, voire, dans notre cas, encouragée (quitte, même, à ce que la colère à propos d’un sujet soit reportée sur un autre qui n’a rien à voir).
Ce même individu qui, demain, sera sujet au même processus de nivellement par le bas, et qui défendra alors jalousement ses avantages.
On peut notamment retrouver ce procédé chez la jeunesse, qui trouve que “c’est bien de donner la chance aux jeunes”, les vieux étant usés. En perdant de vue que la vieillesse succède à la jeunesse…

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