Doit-on museler les pseudo-experts Facebook ?

On a tous vu la merveilleuse campagne de discréditation contre le Dr Raoult et son traitement à l’hydroxychloroquine.

Journalistes, politiques, et même simples citoyens qui se portent garants du principe de précaution et de la méthode scientifique (que nous appelleront zététiciens1 vulgaires dans cet article, pour éviter les lourdeurs) demandent aux “pseudo-experts du dimanche” de ne rien dire, ni partager sur les réseaux sociaux, sous prétexte de propager des informations que le Monde et le Ministère de la Santé ont qualifié de fake news -avant de vite se rétracter.

– Les journalistes, dont le rôle est majoritairement de définir l’opinion publique, ont en horreur les réseaux sociaux, car ils n’ont aucun contrôle dessus.

– Les politiques se joignant aux journalistes. On peut voir notamment Cohn Bendit, qui après avoir fait la “révolution” de mai 68, enfermé dans son jeunisme vulgaire, demande au Dr Raoult de “fermer sa gueule”. Cohn Bendit, qui nous a toujours et partout, vendu le modèle de l’Union Européenne, dont la constitution est à l’origine des coupes budgétaires dans la santé publique.
On a même Jean François Kahn qui nous demande sagement de ne pas donner notre avis sur la politique de Macron tant que le confinement n’est pas levé.

– Les zététiciens, ne donnant pas d’importance à une déclaration qui n’est pas appuyée par une étude scientifique et adoptée en consensus. Il ne s’agit pas ici de disqualifier la zététique en tant que pratique, mais de définir les limites de l’application d’un outil aussi puissant.
Les zététiciens dissuadent de donner son avis si on ne sait pas, se faisant de fait les chiens de garde du système médiatico-politique, aveuglés par un énorme biais qui confine à deux choses :

1. Le légitimisme2

Les zététiciens s’attaquant majoritairement à des sujets controversés (effet des cycles lunaires sur le corps humain, les médiums, l’homéopathie, les maisons hantés), et étant plus exigeant avec ces points de vue qu’avec le point de vue mainstream, quelqu’un qui voudrait s’emparer de cette méthode sans la pousser jusqu’au bout sera tenté de tirer comme conclusion que ce qui est marginal est faux.
Il ne s’agit pas d’une erreur inhérente à la pratique de la zététique, mais d’un dommage collatéral, d’une conséquence de la démystification à répétition des thèses marginales, qui pousse, par habitude, à croire que ce qui est marginal est faux.
Le pouvoir du doute, qui est réel sur les sciences, pousse indéniablement une partie de ces zététiciens vulgaires à l’arrogance, au mépris a priori des thèses marginales et à leurs tenants, tombant ainsi eux-mêmes dans des travers qu’ils sont si prompts à dénoncer. Ainsi, la primauté du consensus pousse à croire que, par défaut, tout ce qui “traîne sur internet” est faux, et que, politiquement plus dangereux encore, ce qui est dit par les médias est vrai, car porteur du consensus.
Ajoutons à cela que cette démystification à répétition peut rendre une communauté zététicienne religieuse, qui finit alors par dissuader inconsciemment tout membre de défendre une thèse marginale, même s’il a des éléments prouvant sa véracité le cas échéant.

2. La passivité politique

Comme on ne peut affirmer que ce que l’on peut prouver, tout un pan de la réalité sur lequel on n’a qu’une vision parcellaire, ou des manifestations phénoménales ponctuelles, se trouve écarté de tout débat. Pire : le doute systématique étant extrêmement gourmand en énergie, on a tendance à l’éviter pour l’économiser3 et on peut vite se retrouver victime d’une certaine paresse intellectuelle qui nous pousse à croire ce que l’on voit dans le monde du mainstream et à discréditer systématiquement tout ce qui n’est pas prouvable.
Quand il s’agit de politique, le zététicien confond consensus médiatique et preuve.

Il ne faut alors pas longtemps avant de se rendre compte que tout ce qui est de l’ordre de la stratégie, du confidentiel, de l’influence de réseau ou du secret d’Etat4 est, par définition, exclu. Même si un document fuite, même si un ancien employé dénonce ce qu’il a vécu de l’intérieur : il est sorti du circuit, il n’a pas ses passe-droit sur les plateaux télé, il ne faut donc pas en parler car on ne peut rien affirmer de manière certaine.
Si la zététique est une méthode d’acquisition de la connaissance, la rigueur de sa méthodologie, qui fait sa puissance dans les sciences, la rend totalement inopérante en politique, où se mêlent stratégies, manœuvres et manigances souterraines.
D’autre part, les zététiciens exigent que “tout ce qui n’est pas vérifié scientifiquement est une rumeur, et ne doit pas être propagé, peu importe sa véracité”, position pleine de sagesse si le monde était gouverné par la raison.

Pourquoi cet adage pousse à la passivité politique ?

– Le légitimisme empêche de fait de mettre à jour toute éventuelle connivence entre les politiques, les médias et les industriels et financiers, puisque les médias ne propageront jamais l’idée selon laquelle ils travaillent de concert avec le pouvoir (que ce soit vrai ou non). Si on se contente de ce que les médias partagent, on n’aura difficilement des preuves concrètes de cette connivence.

– Ensuite, parce que le monde de la politique grouille de stratégies et manœuvres souterraines (c’est d’ailleurs son rôle premier), et que les décisions politiques ont des influences sur le réel.
L’urgence fait qu’on ne peut parfois pas attendre d’avoir un consensus ou des enquêtes complètes par des journalistes mainstream pour discuter d’une décision politique.

Interview du Dr Raoult à propos du Covid-19 à l’IHU

Sur le cas de la chloroquine, si les propos du Dr Raoult n’avaient pas été relayés en masse par les réseaux sociaux, le gouvernement aurait pu prendre la décision de ne jamais étudier cette piste, ce qu’il était parti pour faire, si on se fie aux décisions d’Agnès Buzyn -décisions qui relèvent du pur conflit d’intérêt.

Alors, certes, de nombreuses personnes qui ne connaissent rien à la méthode scientifique, ni à la biologie ont partagé les travaux du Dr Raoult et sont entré dans des débats, certes, on ne sait pas si l’hydroxychloroquine est vraiment efficace, mais cette masse « d’experts improvisés en biologie » a permis de peser sur le débat public et a fait plier le gouvernement sur cette question en le poussant à ordonner une étude sur le sujet.
Les « pseudo experts qui donnent leur avis », même s’ils ne comprennent pas le sujet, restent statistiquement la majorité, et sont ceux qui permettent de débattre de questions qui seraient restées sous le tapis, à cause de ces garants du principe de précaution et de la méthode scientifique, sous prétexte d’un manque de compétence sur le sujet.

Tous les mouvements politiques le savent, c’est l’assise populaire qui fait peser sur le débat. C’est pour cette raison qu’ils ont tendance à radicaliser leurs positions, rendant caricaturale la position du gauchiste comme du droitard sur à peu près toutes les questions, ceci dans le but d’avoir une base électorale solide car clivée.
Cela révèle un des biais de la démocratie : la capacité de prise de décision sur un sujet politique n’est pas pondérée par l’intelligence ou la capacité de compréhension du citoyen, et il faut composer avec la totalité du spectre des intelligences.

Pour finir, un sujet un peu moins sérieux : le Dr Raoult, décrit par beaucoup comme mégalomane et arrogant, va peut-être voir sa mégalomanie profiter au monde entier pour avoir utilisé des méthodes non scientifiques. Ce qui est vu comme un défaut disqualifiant par beaucoup se révélera peut-être bénéfique pour tous.

 


 

[1] La zététique est une méthode d’investigation, par l’utilisation systématique du doute et de la méthode scientifique dans le cadre de la définition de Karl Popper “Une théorie ne peut être dit scientifique que si l’on peut mettre en place une expérience qui permette de la réfuter.

[2] Le fait de valider le pouvoir en place. Ici, par la validation du mainstream.

[3] Cf. Système 1, système 2 – Les deux vitesses de la pensée de Daniel Kahneman

[4] Parce que non, le secret d’Etat n’existe pas que dans les films.

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