Dieu a-t-il un bac S ?

Dieu en blouse blanche

La science est l’ensemble des connaissances que l’on tient pour vraies.
L’éternel débat entre la science et la religion nous pousse à nous demander s’il existe alors une réelle différence entre ces deux champs.

Si l’on s’en tient strictement à la première définition, alors la religion entre dans le domaine des sciences, et on ne voit pas pourquoi on pourrait lui retirer son caractère valable, puisque la subjectivité semble jouer un rôle primordial dans la détermination de son statut (car pour qu’une connaissance soit tenue pour vraie, il faut qu’il y ait un sujet qui tienne pour vraie).

René Descartes, père du réductionnisme

Une autre définition de la science pourrait s’appuyer sur ce qu’on appelle le réductionnisme méthodologique, à savoir la détermination d’une cascade d’événements élémentaires entretenant une relation causale. Cette définition ne laisse aucune place au hasard, ni à l’inconnu – du moins jusqu’à l’apparition de la mécanique quantique.
Le terme “science” a en fait changé de définition pour se confondre progressivement -au moins dans l’esprit des non scientifiques- avec le matérialisme, qui réduit la réalité à la matière et ses propriétés d’interactions.
Si on évince les termes pompeux pour faire simple : la science est devenu la détermination de petits éléments qui se combinent et interagissent, jusqu’à donner, par construction, des objets plus grands, qui à leur tour se combinent, etc. Et après plusieurs itérations, donnent ce que l’on peut voir à notre échelle, et celles supérieures.
Par exemple, des quarks donnent des nucléons et électrons, qui donnent des atomes de carbone, d’hydrogène et d’oxygène, qui donnent des molécules organiques, puis des cellules, puis des organes, jusqu’à arriver à un être vivant1.

« Science », « Vrai », sont des termes qui, comme beaucoup de mots passés par la philosophie, ont d’abord désigné un objet avant d’élargir leur définition, dont l’objet initial ne deviendra qu’un cas particulier.

Malgré toute l’arrogance de ceux qui se réclament de la science pour tuer l’idée de Dieu (et il y en a !), la science ne prouve rien. Le scientifique établit des relations, les confronte au réel, et valide ou rejette sa théorie.
Le scientifique qui s’intéresse à la philosophie des sciences (l’épistémologie) sait qu’il ne peut décrire le réel, parce qu’il n’y a pas accès. Seuls ses sens et ses instruments (ses sens élargis) lui permettent de détecter des phénomènes physiques émanant de l’interaction du réel et de ses sens, mais le réel lui reste inaccessible.

De plus, il ne peut jamais prouver qu’une théorie est vraie, seulement qu’elle est fausse. Une théorie scientifique n’est alors qu’une représentation partielle des lois du monde, plus ou moins efficace pour décrire certains phénomènes.
Le vrai étant ce qui est fidèle au réel, et le réel n’étant pas accessible, alors le terme “vrai” n’a plus de sens…
La définition du vrai glisse encore vers le flou.

Le scientifique n’a plus qu’une seule solution pour justifier ses théories : montrer ce qu’elles permettent comme actions sur le réel.
Si sa théorie est juste, alors il peut agir sur le réel et prédire le résultat de ses actions, ce qui lui donne une sorte de pouvoir magique (étant magique ce qu’on ne comprend pas), pouvoir quasi divin, provoquant l’admiration puis l’adhésion de nombreuses personnes. Car entendons-nous bien : ce qui fascine chez le scientifique n’est pas vraiment sa capacité à comprendre. C’est plutôt sa capacité à faire une promesse, une prédiction sur le déroulement des événements, et de tenir sa promesse.

Alors la science jouit d’une certaine puissance et de son universalité qui permettent à chacun de s’en emparer et d’agir sur le réel.
Le scientifique, lui, jouit d’une certaine crédibilité, et peuvent maintenant se glisser dans son sillon d’autres personnes qui bénéficieront de la même crédibilité, qu’elles soient honnêtes et rigoureuses, ou de simples charlatans.

Cette diffusion de la crédibilité s’appelle l’effet blouse blanche : l’art de persuader en se donnant les attributs d’un expert.
Les programmes télé regorgent de ces experts qui maîtrisent à peine leurs champs, les cas les plus flagrants étant les économistes -qui ne comprennent rien à l’économie- et autres politologues (qui n’analysent rien du tout, et ne sont que des agents de propagande, les plus sérieux étant évincés des médias).

Alors qu’avant la Révolution, Dieu faisait figure d’autorité suprême et indiscutable, et le clergé était son messager, la science est aujourd’hui la nouvelle religion qui a séduit un nombre toujours grandissant de personnes, grâce à son efficacité d’action sur le réel, et les scientifiques sont devenus les nouveaux clercs.

Comme quoi un dogme en remplace toujours un autre !

La science détruit Dieu

De par son efficacité, la science est un argument majeur contre les religieux. Alors que ces derniers ont des explications du monde plutôt obscures et spéculatives, avec la science, nous pouvons leur opposer des explications plus en adéquation avec le réel, plus vérifiables. Par exemple, la géologie et la météorologie viennent se substituer à la colère de Dieu, les maladies mentales aux possessions par des démons, etc.

La science n’appartient plus à une catégorie privilégiée de l’humanité -les clercs- mais à tout le monde. Et les voies de la science, elles, sont moins impénétrables que celles du Seigneur. Du moins, jusqu’à un certain point. Alors tout le monde peut jouir de son pouvoir.

Dieu l'homme

Et quand on cherche la réponse à une question, à moins d’être un obsédé de la connaissance ou un scientifique -ce qui au final revient au même- on prend cette réponse comme définitive, et on ne cherche pas plus loin.
Alors le peuple non scientifique, celui qui se targue de l’arrogance de la connaissance scientifique -ce dont se garde bien de faire le vrai scientifique qui est dans le doute permanent– considère avoir trouvé LA réponse, et que par un procédé de logique exclusive douteux, si la science est vraie, alors Dieu n’existe pas.
On peut comprendre l’extase ressentie par celui qui s’interroge sur le monde et qui se voit fournir une réponse très élégante, qui ne nécessite pas l’intervention d’un être mystérieux qui passe son temps à le scruter et l’opprimer (si on en croit l’existence de l’Inquisition, par exemple).
Mais est-ce que démonter un moteur Diesel et découvrir qu’il existe une chaîne de mécanismes qui provoquent au final le mouvement du véhicule prouve que l’ingénieur n’existe pas ?
Et si nous n’avions fait qu’élucider les mécanismes de Dieu ?

Quelle est la différence entre l’omnipotence de Dieu et un champs de Higgs ? Et un champs magnétique ? Un quark ? L’un est très facilement saisissable par anthropomorphisme (Dieu à l’image de l’Homme), tandis que l’autre, l’individu lambda n’y comprend certainement rien du tout, et ignore ce que ces termes veulent dire, ce qui ne l’empêche pas de s’appuyer dessus pour discréditer Dieu. Alors de quel droit se targue-t-il de la puissance de la science pour détruire Dieu ?

Et quand bien même il saurait ce que sont ces objets, d’où viennent ces champs ? D’où vient le quark ?

Modèle standard

Les scientifiques eux-mêmes s’interrogent sur l’origine des choses, et chaque objet, pour être expliqué, doit faire appel à d’autres objets. La généalogie est donc infinie (comme le dirait le solitaire de Nietzsche2), sauf si on admet l’existence d’un Grand Architecte de l’Univers, ou d’un Dieu, qui constitue d’ailleurs l’explication la plus plausible, même si elle interroge tout de suite sur l’origine de ce Dieu.
Alors finalement, comme l’annonce le Christianisme, les voies du Seigneur sont réellement impénétrables.

Plus encore, cette généalogie soulève la question de la nature de Dieu. Et si demain un Extraterrestre débarquait sur Terre en annonçant que c’était Lui et que c’était bien le cas, qui Le croirait ?

Vraisemblance et cohérence

Parmi les arguments les plus usités pour tenter de détruire l’idée du Dieu créateur, on peut entendre qu’on a la preuve scientifique que l’Univers a 13.8 milliards d’années, que la Terre en a quelques millions, tandis que la théorie créationniste prétend plutôt qu’elle en a 6000, d’années.
Premièrement, quelles sont ces preuves ? Est-on capable, avec nos moyens d’individus lambda, de les reproduire ?
Ensuite, la science constituant un système théorique cohérent, prouver une chose par elle-même n’a absolument aucune supériorité, en terme de valeur, sur le fait de prétendre que Dieu a créé le monde en 6 jours, qu’il l’a fait il y a 6000 ans, et qu’il a créé (là, c’est moi qui ajoute) tout un tas de fausses preuves pour faire croire aux “égarés” que sa création est bien plus ancienne.
Vraiment aucune supériorité !

Les deux systèmes de croyances sont cohérents, puisque Dieu est censé être tout puissant. Alors pourquoi pas ? Un religieux peut tout autant faire appel à la religion pour fournir l’explication plus haut. La seule supériorité de la science, c’est la cohérence, et la possibilité de prouver -plus ou moins- chacune des étapes de la création par des expériences tangibles. Mais multiplier les exemples n’est pas une preuve.

Nous allons bien sûr éviter de parler de ceux qui rejettent les religions en bloc, mais qui n’ont absolument aucun problème à croire que l’Univers communique avec eux, qu’ils forment un tout avec lui, et que s’ils lui demandent quelque chose, il leur répondra.
S’il ne s’agit pas là aussi d’une forme de religion…

Photo en noir et blanc, main sur le menton, regard lointain, tout y est !

Photo en noir et blanc, main sur le menton, regard lointain, tout y est !

De l’exclusion mutuelle à l’intrication mutuelle

L’Eglise a refusé de tomber dans le piège de l’explication purement scientifique, de même que les scientifiques authentiques conservent toujours une part de religieux pour les questions sans réponses. Au final, seules les non-élites de chaque catégorie se sont laissées berner par un raisonnement exclusif, chargé de mépris à l’égard de la science car excluant Dieu, ou au contraire, à l’égard des religions alors qu’ils ne sont que des récepteurs de ces théories scientifiques, n’ont rien trouvé, rien cherché, et n’ont absolument aucune garantie de leurs véracité, si ce n’est la garantie de ne pas être seuls à y croire.
Si finalement Dieu existait et le Démon voulait en détourner les hommes, il ne s’y serait pas mieux pris !

En 1905, ces mêmes personnes auraient certainement fait partie de ceux qui ont discrédité Einstein, la plupart des scientifiques de l’époque lui étant totalement hostiles.

Au final, on ne peut exclure l’idée d’une main organisatrice de la nature, pas plus qu’on ne peut exclure la science d’un monde régit par Dieu (puisque la science serait son langage), les deux étant intriqués mutuellement.

 


 

[1] L’homme est alors une démarcation dans la science, puisque l’on passe des sciences dites “dures”, aux sciences molles : psychologie, sociologie, politique, etc.
Preuve que l’homme se prenant lui-même comme objet de réflexion, se voit comme doté d’un libre arbitre, et donc, ne voit pas les relations de causalité qui le régissent.
L’homme détermine donc tout ce qui est en dessous de lui comme linéaire, constant et inévitable, et se prend comme point d’articulation entre le déterminisme (ce qui ne peut être autrement) et le flou.
Mais même là, il n’utilise plus les relations de causalité directes, mais un autre outil mathématique tenant compte de cette indétermination : il s’agit de la statistique.

[2] “Le solitaire […] ne croira pas qu’un philosophe puisse avoir des opinions « dernières et essentielles », que chez lui, derrière une caverne, il n’y ait pas nécessairement une caverne plus profonde — un monde plus vaste, plus étrange, plus riche, au-dessus d’une surface, un bas fond sous chaque fond, sous chaque « fondement »”
Nietzsche, Par délà bien et Mal, Aphorisme 289.

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